CITATION(Agathe Dumas)
Le changement climatique testé sur les populations de fourmis


Les chercheurs d'universités américaines de la côte Est s'intéressent aux fourmis comme indicateurs des répercussions du changement climatique sur l'équilibre des écosystèmes forestiers, ainsi que sur l'organisation de leur vie en communauté. Financé par le programme consacré à la recherche sur les écosystèmes du DoE ("Department of Energy"), le projet prévoit une enveloppe de 3 millions de dollars à dépenser sur 5 ans. Démarré fin 2008, il a pour objectif de comparer les résultats de modélisations climatiques avec les observations de terrain afin de déterminer la part de changement prévisible. Les fourmis étant considérées comme des "insectes sociaux" vivant en communauté, les scientifiques espèrent par ailleurs extraire des données plus générales sur l'adaptation de communautés à des environnements changeants, lesquels sont soumis à la pression croissante des espèces invasives.

Piloté par différentes universités de la côte Est (Harvard University, North Carolina State University, University of Tennessee, University of Vermont), ce projet a mis en place deux sites d'étude, l'un situé en Caroline du Nord et l'autre dans le Massachussetts. Chaque site comprend une douzaine de parcelles de forêt de près de 5 mètres de diamètre. Aménagées avec un système de soufflerie, ces parcelles permettent de simuler différents scénarios de changement climatique sur une période de 3 ans. Quatre scénarios correspondant aux températures prédites pour 2025, 2050 et 2100 (soit une augmentation des températures comprises entre 0 et 8° C) ont été envisagés.

Selon Rob Dunn, biologiste et chercheur à l'université de Caroline du Nord, les répercussions d'une augmentation de température sur les espèces de fourmis ont rapidement été observées. A titre d'exemple, les chercheurs ont noté un doublement du nombre de fourmis au cours des trois premiers mois suivant une augmentation de 1°C de la température atmosphérique. Des modifications de la biodiversité ont par ailleurs été enregistrées, en termes de nombre d'espèces recensées. Les parcelles de Caroline du Nord ont ainsi présenté une augmentation de la présence d'une espèce de solenopsis, communément appelé "fourmi piqueuse", provenant d'Amérique du Sud.

Assurant un certain nombre de fonctions essentielles à l'équilibre des écosystèmes forestiers, les espèces de fourmis endémiques semblent s'adapter moins rapidement au changement climatique que les espèces invasives. Ces observations posent problèmes, les populations endémiques assurant un rôle pédologique primordial, oxygénant le sol et redistribuant les nutriments. Ces fourmis jouent par ailleurs le rôle d'agent pollinisateur pour certaines espèces de plantes.

D'une durée de trois ans, ce projet devrait se terminer l'année prochaine. Si une partie des effets déjà observés pouvait être prédite dans une moyenne mesure, les scientifiques soulignent néanmoins le caractère non conventionnel des réactions observées. Ces expériences devraient par ailleurs être élargies à l'étude de différents insectes. En effet, si les fourmis représentent une famille d'insectes intéressante, notamment en raison de leur caractère communautaire, l'équipe de chercheur souhaite déterminer plus précisément les impacts du changement climatique sur les interactions entre différentes espèces d'une même classe.


Source : http://www.bulletins-electroniques.com/act...s/063/63889.htm


Université d'Harvard : http://harvardforest.fas.harvard.edu/perso...eantsindex.html

Université de Duke : http://cl3-dunnlabg5.zo.ncsu.edu/~dunn_lab...site/index.html