Cette histoire se déroule un jour en Ardèche au début des années 80...

Mes parents avaient en ce temps-là invité ma Grand-Mère maternelle ( mamie Simone ) à passer quelques jours de vacance dans notre propriété perdue au fond des bois, le Saüt ( sureau en patois ardéchois ), où naquit ma passion des fourmis en 1972. Et comme ce jour-là nous devions aller faire des emplettes à Largentière, sous-préfecture située à huit kilomètres d'ici, mamie Simone ne voulut pas nous accompagner parce qu'il faisait trop chaud à son goût et qu'elle ne voulait pas s'épuiser à marcher dans les ruelles étroites de cette bourgade où je reconnais qu'on y cuisait comme dans un four en plein Eté. " Je vais rester là à lire en attendant votre retour ", nous dit-elle alors.

Une heure et demi plus tard, nous étions donc de retour, et voici ce que mamie Simone nous rapporta, elle qui n'y connaissait rien aux fourmis et qui trouve le moyen de la ramener sur AcideFormik alors qu'elle nous a quitté il n'y a que quelques petites années de cela ( paix à son âme ) : " Eh !... vous n'allez pas croire ce que je vais vous raconter ! " ( Mais si mamie ! On ne demande qu'à te croire, ici comme ailleurs du reste. Alors, c'est quoi encore qu'il t'arrive... ). " Bin ! Suivez-moi, je vais vous montrer... ( nous la suivons... ). Il m'arrive que j'étais en train de regarder ces grosses fourmis là, sur la terrasse ( des Camponotes noires sous la tonnelle de chênes verts, à l'ombre ), et figurez-vous qu'il y en a une qu'avait trouvé je ne sais quoi d'assez lourd pour elle à trimballer, sûrement un truc à bouffer qu'elle ramenait à son nid, jusqu'au moment où elle s'est retrouvé devant un bout de bois ou d'écorce qui lui barrait le passage. Elle a bien tenté de le franchir avec son fardeau mais pas moyen de le faire. Elle le tiraillait dans tous les sens à reculons, en travers, puis le soulevait et le poussait pour passer par dessus l'obstacle mais sans succès puisque celui-ci était trop haut. Je me suis dit que je pouvais le lui ôter afin qu'elle puisse passer, mais rien à faire. Je voulais absolument voir si elle était capable de se débrouiller toute seule. Et pas un instant elle n'a pensé à le contourner, non ! Elle s'obstinait à vouloir le franchir à tout prix avec son gros truc encombrant ! Finalement, je ne sais pas ce qu'il lui a passé par la tête, elle a filé tout droit jusque là-bas, vers ce bout de bois où je suppose que se trouve son nid ( Une ancienne poutre du toit de la grangette que nous venions de refaire deux ou trois ans auparavant et dans laquelle une belle colonie de Camponotes herculéennes s'était établie ), puis elle est revenue quelques temps après avec une copine à ses basques. Eh bin, et c'est là que ça devient intéressant, figurez-vous qu'à deux, ensemble, elles ont pu le faire passer de l'autre côté son bout de machin trop lourd à la première qui n'arrivait pas à s'en sortir toute seule. Mais ce n'est pas fini ! C'est qu'une fois que la charge s'est retrouvée de l'autre côté, la seconde fourmi s'en est retournée d'où elle venait, l'air de dire à la première > Bon ! Maintenant que je t'ai filé un coup de main, tu peux te démerder toute seule. Moi je retourne à la maison parce que je n'ai pas que ça à foutre ! - Vous vous rendez compte un peu !?! C'est tout de même incroyable chez d'aussi petites bêtes !?! Et l'autre, toute seule, a pu poursuivre son chemin, sans encombre cette fois, et ramener son gros machin au nid ".

Eh oui, mamie ! Maintenant je me rends compte d'une chose que je pourrais fort bien t'expliquer aujourd'hui, si tu ne nous avais pas quitté prématurément, s'agissant tout simplement d'une histoire de phéromones dites de " recrutement ", mais de recrutement en tandem par dessus le marché. Ce n'est pas plus bête que ça !