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Version complète: Les fourmis amazones du nid PR 3.
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I-D-É-MYR
Tout d'abord, voici l'endroit où se déroule l'action : La carrière située tout en bas du parc de la Fontaine aux Fées proche de Dijon.



Remarquez cet énorme feu de camp qui n'a rien à faire dans ce milieu dit "protégé" ! Il se trouve tout près de la très belle colonie de Polyergus rufescens (PR 3) nichant sur sa droite, laquelle je bichonne depuis 2010.



Au commencement, par une belle fin de journée d'Eté (temps ensoleillé très peu couvert, sans vent, T° 30 ou 31°c) aux alentours de 16 h 00, les fourmis amazones font une fantasia sur le dôme de leur nid, mais fête guerrière qu'on ne perçoit que très mal sur cette image par la faute de la végétation qui a bien prospéré ici à cause du Printemps pluvieux que nous avons eu et qui a complètement recouvert le repaire des brigandes.

Pendant cette fantasia les guerrières courent frénétiquement en tous sens sur le dôme de leur nid en montrant distinctement des signes de nervosité. Certaines interrompent subitement leur course folle puis se contorsionnent pour se gratter le corps énergiquement. A vrai dire elles enduisent leur cuticule de parfum patriotique et, très certainement, de phéromone de combat.



La fantasia, toujours (du moins quelques fêtardes seulement, et je m'en excuse !)...



A 16 h 30 le raid est lancé ! On voit sur l'image qui suit la tête de colonne Polyergus avec ses ouvreuses de piste, colonne mesurant, avec le gros de la troupe, 4 m de longueur sur environ 11 cm de large. Mais elle peut s'étirer sur 6 ou 7 m en comptant les traînardes (Eh oui ! Il y en a toujours qui ratent le départ)...



Image suivante : Bin les suiveuses, pardi !...



Et maintenant, les amazones traversant la jungle en miniature...



On a du mal à trouver son chemin dans ce fouillis inextricable !



Passage de guerrières un peu décalées du gros de la troupe sur un petit rocher...



C'est le parcours du combattant des amazones !



Gros plan dans l'herbe et la pierraille !



La progression de la colonne Polyergus est plutôt lente dans un tel environnement, mais quoi qu'assez proche de sa vitesse de croisière habituelle équivalant à 1 m par minute...



Et voici que toute l'armée fait tache d'huile à présent ! Il aura suffit qu'un gros panard se soit attardé ici, brouillant la piste tracée par l'éclaireuse*, pour que les antennes des ouvreuses s'en trouvent perturbées. La colonne a stoppé net sa marche ! Et le flot des suiveuses venant buter contre les ouvreuses aux arrêts provoque un élargissement du front qui se transforme vite en une grande nappe grouillante de fourmis complètement désemparées. Et pendant que tout ce beau monde tourbillonne des volontaires s'éparpillent individuellement en tous sens à la recherche du marquage qui lui permettra de reprendre son cour normal au raid...



* Les éclaireuses quittent le nid en milieu de journée, ou ce qui doit correspondre à midi au soleil, ce qui veut dire que compte tenu de notre décalage horaire cela doit se passer aux alentours de 15 h 00. Elles partent tout simplement en quête de nids de Serviformica à piller dans les parages, et ceci fait elles s'en retournent au bercail en laissant derrière elles une trace olfactive qui guidera ensuite le raid vers l'objectif à razzier.

La formation en tache d'huile peut durer un petit moment et même s'éterniser au point de contraindre certains éléments de l'armée à rebrousser chemin.




Et ça dure tellement longtemps que ça en devient désespérant ! Et l'on craint à ce moment-là que le raid s'avorte.



Gros plan sur les minéraux. On en voit une qui se gratte sur l'arête du caillou.



Un ébauche de colonne s'amorce sur le côté de la masse grouillante des guerrières qui se font entraîner par cette nouvelle coulée se laissant engloutir par un entonnoir invisible, ce qui signifie que le raid va reprendre son cour. Mais ensuite, comme tout le monde reprend confiance et y va de bon cœur (au paquet comme on a l'habitude de dire), cela se traduit par un rush aussi large qu'un départ de Marathon...

Mais c'est sûr qu'il faut agrandir l'image pour voir quelque chose au milieu de tous ces cailloux !



La colonne Polyergus s'est remise en marche, mais là aussi ça demande de zoomer l'image...



Sur la pierraille, en enfilade...



Pas facile la traversée du reg talantais !



La suite sur la page suivante...
I-D-É-MYR
C'est vraiment chaotique !



A quelques mètres de la cible...



Cible presque atteinte...



Fourmis guides près de la cible : Les fourmis guides, au nombre d'une pour vingt ou trente guerrières au sein de la colonne en marche, sont celles qui font demi tour puis rebroussent chemin pour indiquer aux suiveuses le cap à conserver en répandant au sol des phéromones de piste.



Cible à portée d'antennes...



Cible atteinte !



Il leur faut un certain temps parfois, aux amazones, pour trouver l'entrée du nid qu'elles ont décidé de spolier de son couvain.



Sans effusion d'hémolymphe, deux premiers cocons son extraits du nid de Formica fusca bien planqué sous l'épais tapis d'herbes sèches.
Aussi faut-il reconnaître que les fuscas ne sont pas très combatives.

Et nos deux cocons vont immédiatement prendre le chemin du retour !



Le premier cocon d'une longue et tragique série est illico transporté, et presque aussi rapidement que le raid fut éclair !



Et plus il en sort du couvain dérobé du nid des fuscas, plus la colonne de retour se charge d'un précieux butin !



Gros plan sur ce précieux butin !



Et gros plan aussi sur les kidnappeuses ! Remarquez au passage comme les amazones sont taillées pour faire la guerre : Elles ont le corps bulbeux que, paraît-il, elles oignent d'une substance graisseuse faisant riper les morsures adverses. Leur cuticule est deux fois plus épaisse que chez les autres fourmis, et leurs jointures (tête-thorax-abdomen) sont plus solides et plus étroites pour ne concéder aucune place aux décapitations. Bref, ce sont de vrais tanks !



Traversée sur les cendres du grand feu de camp...



C'est toujours sur le chemin du retour de la colonne, plus distendue à ce moment-là (Elle fait une bonne vingtaine de mètres en longueur) que je procède au comptage de son effectif, et je m'y prends de cette manière : Je pose un jalon perpendiculairement au bord de sa piste et je compte les guerrières passant devant > Au début c'est facile à faire (1... 2... 3... 4-5... 6-7... 8... 9-10-11... 12-13... 14-15-16-17... 18-19... 20-21-22-23-24...), puis ça passe de plus en plus densément ! Alors, sur mon carnet avec un stylo, je trace un bâtonnets pour dix fourmis passant sous mon nez et ce de façon aléatoire, au bout d'un moment, tellement je n'arrive plus à suivre le flot qui déboule à toute vitesse par paquets de quinze à vingt individus à la seconde !!! Et je compte jusqu'à la fin, c'est-à-dire en recensant aussi les traînardes (Anciennes combattantes, éclopées et grandes invalides de guerre qui sont tout de même allées se battre sur trois pattes avec une antenne en moins). A la fin du comptage je coche par dix toutes mes buchettes, comme au CP, ce qui m'a donné pour ce raid-ci (En gros) 2.060 amazones. Ce qui est un effectif très correct indiquant une colonie Polyergus en pleine force de l'âge !



Il y a généralement davantage de cocons capturés que de larves, ce qui dénote tout l'intérêt qu'on les Raptiformica à faire élever par leurs esclaves des captives prêtes à éclore puis à servir aussitôt leur colonie adoptive plutôt que d'entretenir des bouches inutiles à nourrir nécessitant aussi pour leur élevage une perte de temps trop coûteuse en énergie ! Il faut dire aussi que le couvain de cocons est plus facile à ravir puisque se trouvant toujours près de la surface du sol en incubation sous le soleil estival qui chauffe à volonté pour les fourmis !

Tout près de leur repaire les brigandes frôlent mon bâton que j'avais posé contre le rocher dominant le feu de camp...



Mon bâton I-D-E-MYR que je vous montrerai avec mon matériel myrmécologique dans la rubrique appropriée...



Fin du raid à 17 h 30 : Il aura donc duré une heure !


Curieusement je n'ai pas vu de gyne y participer. En 2011, le 31 Juillet (un Dimanche) pour être précis, l'un des raids de cette colonie, PR 3, entraîna 7 ou 8 reines aptères à sa suite.

Ouf ! On va se poser là, un peu... Ce fut un beau raid, certes, mais pas aussi captivant que ceux que je suivis entre 2001 et 2004 avec le nid PR 2 qui m'offrit sur les pelouses supérieures du parc, avec ses 750 guerrières, le généreux et grandiose spectacle d'épiques batailles contre des rufibarbis particulièrement mordantes et prêtes à défendre tout aussi chèrement leur tendre progéniture que leur cuirasse ! J'ai même pu voir ces intraitables Serviformica contraindre les amazones à abandonner la partie, à rentrer bredouille, voire même oser les poursuivre sur dix mètres pour leur reprendre de leurs redoutables mandibules sabre quelques bébés pouvant être sauvés, et ce en leur tendant à plusieurs cachées dans les touffes d'herbe de surprenantes embuscades : véridique !



Je pourrais également vous décrire la technique employée par les sapeurs Polyergus pour miner la base du dôme friable d'un nid de Formica fusca et pouvoir ainsi ouvrir un accès tout aussi sournois que direct à leur réserve de chrysalides, mais ce serait bien mieux de le montrer en vidéo. Et comment l'armée de PR 2 marquait presque un temps d'arrêt au bord de la terrasse d'un beau nid de "rufis" pour élargir son front avant l'assaut final avec, entre temps, l'apparition aussi inattendue que soudaine d'une éclaireuse qui était planquée là depuis un bon moment dans l'herbe, tout près des entrées, puis qui courut au devant de ses sœurs pour leur dire "Allez-y les filles ! Le champ est libre, elles ne se doutent de rien !".

Exceptionnellement, ces grandes batailles qui opposaient le nid PR 2 aux nids SF 1, 2, 3, 4, 5, etc... du voisinage ne faisaient pas une victime, contrairement à ce que j'ai pu voir jadis en Ardèche (Pays où naquit ma passion des fourmis) où les amazones méritent bien d'être qualifiées de "tueuses ardéchoises".

Bon ! Retour, non plus de raid cette fois, même si je le suis un peu (raide) par cette chaleur au milieu des roches, mais en mes pénates pour rédiger mon rapport puis entrer mes photos dans l'ordi...

Attention où tu mets les pieds, qu'il y a plein de fourmis partout ici !!!




The Ant
Yannick
Merci pour ce reportage bien illustré et très intéressant thumbsup.gif .
Carnivorous
Oui, merci, c'est vraiment sympa d'avoir des infos sur ces fourmis, surtout quand on est belge thumbsup.gif
Tibo
Merci pour le reportage, quelle chance de pouvoir observer cette espèce
C'est pas faute d'avoir cherché de mon côté
Ëpoque
Très intéressant , merci beaucoup pour ce reportage !
Jerem
Bravo ! Je n'en ai jamais vu en vrai perso...
nicocotiers
merci beaucoup !

j'espère que ça motivera du monde à sortir sur le terrain.

et dire que j'ai vu du Polyergus rufescens pour la première fois (grâce à Feataur) il y a 1 semaine ...
I-D-É-MYR
Merci pour vos compliments, Yaya, Carni, Ëpoque, Tibo, Vampiro et Nicocotiers !!!

Oui, c'est pas mal (pour un débutant dans la macrophotographie) mais toutefois insuffisant !

La prochaine fois je m'efforcerai de vous montrer, ainsi que je pus en être témoin dans les années 2001/2004, du vrai rififi entre Polyergus rufescens et Formica rufibarbis qui sait bien résister à son redoutable adversaire !

Mais il faut un début à tout, n'est-ce pas ? Même quand on accouche au forceps de l'I-D-E-MYR (Ce qui, en mon état actuel des choses, est particulièrement long et difficile) !!!

Mon but : Faire plaisir à mes poteaux myrmécos et faire avancer la "Science"...

Le mieux que je puisse vous souhaiter, si vous n'avez jamais pu observer cette magnifique espèce dans ses œuvres, c'est justement de la croiser un jour et d'assister au spectaculaire déroulement de ses raids opiniâtres et bien réglés pouvant aboutir à une époustouflante bagarre ne faisant pas obligatoirement de victimes, au bout de vingt minutes d'action à vous couper le souffle, mais surtout de petites scènes anecdotiques restant après coup fortement gravées dans la mémoire.

Amitiés myrmécéennes à toutes et à tous !!! wink.gif

Patrice de l'I-D-E-MYR
L'haricot
Merci pour ce beau compte rendu en images. J'ai à plusieurs reprises eu la chance d’observer des raids de cette espèce ( la dernière fois remonte à hier smile.gif ) et ce n'est vraiment pas facile à photographier.
Encore bravo.
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